En Suisse, la formation ambulancière reste ancrée dans le secteur de la formation professionnelle supérieure, et aucune filière académique propre à la profession n'existe à ce jour. C'est dans ce contexte que l'étude SWISS PEAK a interrogé la manière dont les professionnel·le·s des services d'ambulances se positionnent face à un éventuel développement académique de leur métier.

L'enquête a réuni 590 répondants issus des trois régions linguistiques et de l'ensemble des cantons, couvrant un large éventail de fonctions (ambulancier·ère·s diplômé·e·s, technicien·ne·s ambulancier·ère·s, personnes en formation, régulateurs·rices, formateurs·rices, cadres). Les attitudes ont été structurées autour de deux dimensions : « Opportunité » (visibilité professionnelle, perspectives de carrière, progression après le diplôme ES, filières académiques dédiées) et « Menace » (cohésion d'équipe, sécurité de l'emploi, nécessité perçue de qualifications supplémentaires).

Globalement, les items liés aux opportunités ont été nettement plus approuvés que ceux liés aux menaces (score Opportunité moyen de 75.5/100 contre 29.9/100 pour la Menace) : 79.3 % des répondant·e·s penchaient vers une orientation « opportunité », et la grande majorité relevait d'un profil « forte opportunité / faible menace ». Fait notable, cette orientation favorable ne se limitait pas aux titulaires d'un titre académique (16,6 % de l'échantillon) : les différences selon la détention d'un tel titre restaient modestes, et l'applicabilité perçue de la formation académique antérieure n'était pas clairement associée à l'orientation attitudinale.

Un point d'interprétation important : l'échelle Opportunité captait des thèmes concrets (visibilité, progression de carrière, parcours de formation) plutôt qu'une adhésion à l'académisation dans l'abstrait. L'étude suggère ainsi que le soutien s'oriente vers un développement rattaché à des fonctions professionnelles reconnaissables, davantage qu'au statut académique en soi.

Ces résultats doivent être lus avec prudence. Le recrutement reposait sur un échantillon de convenance, ce qui expose à un biais de sélection : les professionnel·le·s déjà les plus intéressé·e·s par la science et la formation pourraient être surreprésenté·e·s. En l'absence de registre national, la représentativité n'a pas pu être formellement évaluée, et le devis transversal n'autorise aucune inférence causale.

L'étude n'entend pas désigner la « bonne » réforme, mais elle indique que les fonctions professionnelles souvent évoquées dans ces débats ne sont pas rejetées au sein de cet échantillon, de quoi nourrir une discussion plus fine sur la forme, les bénéficiaires et les conditions d'un développement académique pertinent pour le système préhospitalier suisse.

L'article vient d'être publié dans l'International Journal of Paramedicine et est à lire en cliquant sur le lien.